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Compte rendu de lecture : Mindfuck, le complot Cambridge Analytica pour s’emparer de nos cerveaux

Au moment où la pandémie tente d’être résolu à grand renforts de technologie, où les applications de tracking et les protocoles de traçage se succèdent les uns après les autres, il est utile de rappeler que l’invasion toujours grandissante des outils numériques dans notre vie quotidienne a engendré un cas d’école en 2018 : l’affaire Cambridge Analytica.

Si de nombreux militants, sociologues et hacktivistes pointent du doigt les dérives totalitaires de la surveillance occasionné par le tout numérique, il serait plus exact de parler de manipulation de masse que de surveillance de masse. Car les données recueillies sont belles et bien utiles à des fins de tromperies. C’est ce que rappelle la lecture du livre autobiographique de Christopher Wylie Mindfuck, le complot Cambridge Analytica pour s’emparer de nos cerveaux. (https://cutt.ly/JyiTmAK)

La couverture Grasset de Mindfuck

La couverture américaine de Mindfuck

A l’âge de 24 ans, le lanceur d’alerte, technophile progressiste, a œuvré durant un temps pour une filiale de Cambridge Analytica. Lorsqu’il prend conscience de l’entreprise de manipulation mentale qui se joue sous ses yeux, il travaille conjointement avec les journalistes du Guardian et du New York Times pour divulguer l’implication de Cambridge Analytica notamment dans le référendum du Brexit, et dans l’élection de Donald Trump. Dans son témoignage édifiant, il revient dans le détail sur les mécanismes utilisés afin de flouer les électeurs et manipuler l’opinion publique.

Cambrige Analytica est à la base une sous-société privée du groupe SCL spécialisée dans l’analyse et l’exploration de données. Quelles données ? Les vôtres. Celles que vous laissez sur Facebook (qui a accepté de délivrer ces données comme l’explique Chris Wylie dans son livre, même si l’entreprise le nie), dans vos e-mails, sur votre téléphone, dans vos fils de conversations…

Comment est-ce possible ?

Les données émanant de la surveillance de masse (réseaux sociaux, caméras, données téléphoniques, e-mails, récupération de données biométriques…) n’aurait pas de grandes valeurs si elles ne pouvaient être exploitées. C’est là qu’entre en jeu l’intelligence artificielle et ses fonctions de Machine Learning et Deep Learning, qui permettent un profilage psychologique précis de votre personne. C’est l’une des grandes révélations du livre de Christopher Wylie. A l’époque où les journaux avaient divulgué l’affaire, leurs explications techniques restaient opaques pour une grande partie de la population. Les révélations étaient dignes des plus grandes œuvres de science-fiction. Mais la réalité est que tout cela est vrai. Cambridge Analytica a mis au point des algorithmes si pointus que l’ingestion de données personnelles par ces dits algorithmes est capable de révéler un portrait strict et fidèle de votre personnalité. Grâce à cet arsenal numérique, la société a pu dresser un profil extrêmement précis de plus de la moitié de la population américaine, puis anglaise. Assez pour pouvoir envoyer à ce segment de population des informations trompeuses, inventées et orientées. Ces fakes news (faux sites web, faux articles de presse, fausses recherches scientifiques…) ont inondé les réseaux durant les campagnes du Brexit et de l’élection de Donald Trump, provoquant indéniablement une bascule du vote. Mindfuck évoque le contenu effroyable des fake news qui ont circulé des mois durant. A leur insu, les réseaux sociaux sont devenus pour de nombreux internautes de cette époque un outil de propagande destiné à orienter leur pensées, leurs convictions et leurs idéaux.

Un outil de propagande pour les assoiffés de pouvoir

Christopher Wylie qui a œuvré au sein de la société, le décrit très bien : « Avec la quantité de données que Cambridge Analytica a pu amasser et la complexité de leurs algorithmes, ils pouvaient vous connaître mieux que votre propre épouse ». A l’époque, l’avènement de Cambridge Analytica a eu lieu grâce à deux hommes. L’un est Steve Bannon, politicien républicain, directeur exécutif de la campagne présidentielle de Donald Trump, puis conseiller stratégique du président. L’autre est Robert Mercer (https://cutt.ly/XyiTYWz), hommes d’affaires américain qui massivement soutenu la campagnes de Trump et qui lutte toujours activement contre les politiques environnementales. De charmants messieurs donc, qui ont permis l’orchestration d’un hold-up démocratique.

Si Cambridge Analytica n’existe plus au sens strict, difficile d’imaginer qu’une technologie aussi fiable et donnant autant de pouvoir ne soit resté enfermé dans un tiroir. (https://cutt.ly/FyiTOUg). Dans une période aussi difficile que la notre, où les cadres juridiques tendent à devenir étroits, l’utilisation de tels outils serait une aubaine pour de riches hommes d’affaires ou politiciens en mal de pouvoir. Mais la manipulation de masse n’est possible que s’ils recueillent vos données. Sans cela, aucun algorithme, aussi complexe soit-il, ne sera en mesure de profiler votre personnalité. Commençons donc par refuser toute possibilité de traçage, géolocalisation et outil de surveillance que l’on nous vend comme solution magique pour éradiquer la pandémie. Un problème de santé nécessite des solutions sanitaires, pas des remèdes numériques à l’efficacité hasardeuse. Car innovation n’est pas toujours synonyme de progrès.

Mindfuck, le complot Cambridge Analytica pour s’emparer dans nos cerveaux est disponible chez Grasset