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Catégorie : Open-source

Le déconfinement de votre vie privée

Période de confinement oblige, les outils de télétravail sont fortement sollicités à l’heure où de plus en plus d’outils numériques affichent des « business model » basé sur la revente de données personnelles. La forte augmentation de téléchargement de logiciels ou applications à but collaboratif laisse actuellement la place à une fuite massive de données. Les gouvernements ne sont pas en reste avec la volonté de vouloir utiliser le tracking pour surveiller la propagation épidémique.

Affiche Big data is watching you
“Big Data is watching you” ©unsplash

Alors que la Quadrature du net soulève le souci de la récupération de nos données par Orange pour pister la population (en violant au passage un article du RGPD) afin de veiller au bon respect du confinement (ici : https://cutt.ly/8tOkzOp), les failles en terme de confidentialité de certains logiciels et applications sont à pointer du doigt. S’il nous est difficile d’agir sur les actions d’un opérateur téléphonique, nous pouvons en revanche veiller aux outils que nous installons sur nos ordinateurs et smartphones. Les exemples sont nombreux sur les sites spécialisés de logiciels qui ne respectent aucune des mesures primaires de sécurité. Zoom par exemple, outil de visioconférence largement utilisé et médiatisé actuellement (notamment par les gouvernements Français et UK pour ses réunions ministérielles) agit en réalité comme un malware et fait preuve d’un laxisme effarant au niveau de la sécurité (https://cutt.ly/mtOkgJC). Les outils les plus réputés comme Slack, Microsoft Teams ou Google Hangout Meet sont quant à eux loin d’être des exemples en terme de confidentialité.

Il existe pourtant de très bons logiciels permettant de travailler à distance et ce avec le souci de la vie privée et de la bonne gestion des données personnelles. Purism, société américaine de création de solutions hardwares et softwares avec une forte orientation sur la confidentialité et la sécurité, proposait récemment un article recensant les meilleurs outils de travail à distance (à destination des anglophiles : https://cutt.ly/ItOkpvf). On pourra également s’intéresser de prés aux solutions libres du réseau Framasoft (https://framasoft.org) qui proposent des outils d’une grande efficacité et ce, avec dans le viseur une éthique à toute épreuve vis à vis des données utilisateurs. On rappellera également que l’utilisation d’un VPN (comme protonVPN) et de logiciels de messagerie sécurisés (comme Signal) sont un minimum pour protéger vos données et votre anonymat. Enfin, il est conseillé d’exclure les navigateurs comme Google Chrome ou Microsoft Edge. Privilégiez davantage Firefox accompagné d’extensions comme Privacy Badger (https://privacybadger.org/) et uBlock origin.

Pancarte de manifestant "Save Our internet"
“Save the Internet” ©Unsplash

Les droits relatifs à la confidentialité sur le net sont mis à mal durant cette période, la pandémie devenant un prétexte à l’utilisation d’outils et de technologies invasives. Au niveau gouvernemental, les demandes permettant de surveiller la propagation de la pandémie sont inquiétantes et laissent ouverte la porte de la surveillance de masse (https://cutt.ly/AtOkt6S). Le « tracing » et le suivi des personnes inquiètent et tendent à dessiner les contours d’un futur effrayant ou la technopolice et l’algocratie décideront pour nous. La pandémie, prétexte pour une « acceptabilité sociale » de solutions de flicage, ne doit pas devenir une raison pour s’asseoir sur nos principes démocratiques (https://cutt.ly/3tOkwKw). La vie privée et la capacité de disposer de notre libre-arbitre sont des droits humains fondamentaux, dans la vie réelle comme dans le monde virtuel. Il est donc urgent que chacun prenne conscience de l’importance des outils qu’il utilise.

Si vous tenez à vous tenir informé des dernières infos au sujet des outils de surveillance instaurés par l’État, je vous invite à suivre l’activité de Technopolice sur www.technopolice.fr, une instance créée et soutenue par La Quadrature du Net (www.laquadrature.net), une association qui défend et promeut les libertés au sein de l’espace numérique.

Les alternatives logicielles éthiques et libres

Un article récent du site Les Numériques (lisible ici) soulignait l’avancée du projet de Sir Tim Berners-Lee, à qui l’on attribue l’invention du Web tel que nous le connaissons, concernant la création d’une plateforme-technologique décentralisée. En somme, devenu très critique vis-à-vis des multinationales (les GAFAM surtout) qui édictent désormais les règles d’internet et ont pris un pouvoir démesuré sur le contrôle du web, l’informaticien cherche à recréer un nouvel Internet régit d’une autre façon. Plus libre et moins privateur.

Le logo Open Source Initiative

Cette idée d’un nouvel internet est bien sûr louable tant Internet est devenu le joujou d’une élite capitaliste qui y puise les données dont elle a besoin pour générer toujours plus de cash. Facebook, Twitter, Amazon, Google sont autant de structures qui ont une main mise gigantesque sur le réseau mondial.

Mais peut-être pourrions nous élargir de façon générale cette observation puisqu’elle ne concerne plus seulement internet mais bien le monde de l’informatique dans son ensemble ? Windows, Mac OS, Android, les solutions de Cloud qui pour la plupart dépendent de Microsoft, Apple ou Amazon. On peut juste se rassurer en songeant au fait que 90% des serveurs dans le monde tournent sur Linux. Mais si les solutions open-source et gratuites sont légions, elles sont encore trop peu connues du public. Elles n’ont pourtant pas à rougir de leur performances et présentent l’avantage d’être transparentes dans leur fonctionnement, sans revente de données privées.

L’accueil du site vous met directement dans le bain

C’est pourquoi je mets en lumière le site swiso.org qui présentera toutes les solutions alternatives qui existent pour remplacer les logiciels propriétaires. Assez complet, le site souligne même l’existence d’appareils éthiques, tels que des smartphones ou des ordinateurs conçus dans l’optique d’être bienveillants avec vos données personnelles.

S’il est encore difficile de remplacer toutes les solutions propriétaires, j’essaie pour ma part de glisser lentement vers plus de logiciels libres. Je remplace petit à petit la suite Adobe (un vrai nid d’espion !), utilise LibreOffice en lieu et place de la suite Office de Microsoft, et les analyses de fréquentation de mes sites ne dépendent plus de Google Analytics, mais de Matomo, une solution open-source et gratuite, bien plus respectueuse des données.

Ces différentes plateformes libres, soucieuses de votre vie privée et transparentes existent, ils restent à les démocratiser. Et si cela ressemble en effet au combat de David contre Goliath, le jeu en vaut peut-être la chandelle car après tout, dans le passage biblique, c’est bien le jeune adolescent qui abat le géant.